
Sidération. C’est le mot de la semaine. Sidération des industriels mondiaux de l’automobile qui ne croyaient pas que Donald Trump mettrait à exécution sa menace de taxer les voitures importées. Sidération des Ukrainiens qui découvrent le plan de partage concocté par Trump et Poutine : les territoires occupés pour les Russes, les routes, les ports, les chemins de fer, les mines pour les Américains. Sidération du Danemark qui est en train de réaliser que le président américain a vraiment l’intention de mettre la main sur le Groenland, par la force s’il le faut.
Automobile, année zéro
Au moins il fait ce qu’il dit... Donald Trump a donc annoncé mardi soir la mise en place de droits de douane supplémentaires de 25% sur les véhicules importés à partir du 3 avril. Autrement dit demain. Un choc sans précédent pour cette industrie déjà déstabilisée par l’électrification et la concurrence des constructeurs chinois. Découvrez dans cet article, les pays, les marques et les modèles qui souffriront le plus de ces nouveaux tarifs. Et vous découvrirez aussi pourquoi le constructeur qui devrait le plus bénéficier de ce nouveau contexte geodouanier n’est autre que... Tesla. Bref, on vous a concocté pour le week-end un vade-mecum pour comprendre avec 7 questions sur le séisme que représentent ces droits de douane pour l’automobile mondiale.
Un choc fiscal d’autant plus inquiétant que, le 2 avril, une autre salve de droits de douane sera annoncée par le président américain, au nom de la « réciprocité tarifaire. » Qu’est-ce que cela signifie ? Celui qui l’explique le mieux, c’est son secrétaire au Trésor Scott Bessent : il s’agit de frapper les « dirty 15 », les quinze pays ou groupes de pays « salauds » qui participent le plus au déséquilibre de la balance commerciale américaine. Pour Philippe Marin, président de l’International Chamber of Commerce, il s’agit tout simplement de l’entrée dans un autre monde.
L’Europe pompier
Face à un pyromane, comme le décrit Dominique Seux, l’Europe tente d’éteindre l’incendie. Elle a d’abord répliqué maladroitement à la première menace de Trump. La liste des produits américains touchés en représailles a entraîné une nouvelle réplique du président américain, mettant en péril des secteurs entiers de l’économie européenne, comme les vins et spiritueux. La commission a donc promis de revoir sa copie, et a présenté un plan de soutien à la viticulture. Et, un peu de baume au cœur pour les viticulteurs, la Chine a accordé un sursis de trois mois au cognac européen... on se demande à l’issue de cette nouvelle semaine tourmentée où sont nos vrais amis !
You’ve got mail !
D’autant que les services consulaires américains ont envoyé une drôle de missive aux patrons français afin de s’assurer qu’ils ont effacé de leurs pratiques tout ce qui ressemblerait de près ou de loin à des politiques de discrimination positive. Une information révélée vendredi par Les Echos. Une façon pour la Maison-Blanche d’imposer ses vues en dehors de ses frontières, qui suscite émoi et inquiétude au sein des milieux économiques français. Aux yeux des patrons français, la chape de plomb est néanmoins encore plus lourde aux Etats-Unis : « J’y étais la semaine dernière. Les gens font très attention à ce qu’ils disent et à qui ils parlent. C’est très étrange au pays de la liberté d’expression… », témoigne un grand patron.
Faire attention à ce qu’on dit, ce n’est pas vraiment le fort de Mike Waltz, le conseiller à la sécurité nationale, qui a invité dans une boucle Signal secret-défense un journaliste du magazine américain «The Atlantic». Outre les plans d’attaque du Yémen, on découvre dans cette conversation la détestation que continue de nous porter le vice-président américain J.D. Vance.
Ukraine, ligne de front
Dans ce contexte pour le moins troublé, les Ukrainiens ont l’impression d’être pris entre le marteau russe et l’enclume américaine. Le dernier projet d’accord de « paix » concocté entre Américains et Russes semble irréel : l’annexion des territoires conquis par la Russie, un gouvernement fantoche et l’appropriation des richesses de « l’Ukraine de l’Ouest » par les Américains. L’Europe en est réduite à promettre de nouvelles aides militaires et une force de « réassurance » à déployer pour dissuader le Kremlin de violer un éventuel accord de paix. On veut croire pourtant que ce wake-up call permettra à l’Europe de se ressaisir au cours des prochaines années et d’être prête à l’avenir. En tout cas on l’espère avant 2029... date de l’invasion de l’Europe par la Russie si on en croit les propos quelque peu alarmistes du président du conseil d’administration d’Airbus.
Et les bonnes nouvelles ?
Difficile de s’extraire de cette actualité anxiogène ? Mais non ! On y arrive... Par exemple avec le revival d’Ubisoft qui jouait son va-tout avec le lancement du dernier Opus de sa franchise Assassin’s Creed et qui semble avoir réussi et en profite pour se restructurer en profondeur.
Autre bonne nouvelle, j’allais dire «cocorico» mais il faudrait plutôt dire «glouglouglou», la pintade française mène la course en tête. La France produit trois quarts de la pintade mondiale, et exporte 18 % de sa production, notamment vers la Belgique, le Royaume-Uni et l’Allemagne. Sur cette filière, la balance commerciale est largement excédentaire de 4.400 tonnes et plus de 25 millions d’euros. Alors on n’a pas de pétrole ?!
Et puis si vous avez de l’or dans vos bas de laine ou au coffre, vous êtes encore plus riche cette semaine que la précédente. De quoi faire vos emplettes sur TikTok Shop qui ouvre ses « portes » en France à partir de lundi. Si vous n’y êtes pas, vos enfants le seront : ils passent déjà 1h35 par jour sur l’appli !
Allez, pour la route et votre week-end, deux suggestions : une série qui fait trembler Hollywood, et un film de Zabou Breitman qui brouille les pistes du cinéma et du documentaire.
A suivre
C’est le grand suspens du début de semaine prochaine, le verdict dans le procès des assistants parlementaires du RN et la possibilité que Marine Le Pen soit frappée d’inéligibilité. On vous emmène dans les coulisses de ce week-end d’attente au sein de sa garde rapprochée.
Et puis, autre attente - je vous le disais plus haut - celle du « jour de la libération » et des taxes douanières, annoncé par Donald Trump pour mercredi 2 avril. Mais comme nous sommes un journal de questionnement et de nuances (enfin, on l’espère), notre enquêteur Gabriel Gresillon trouve quand même que le trumpisme pose des questions pertinentes à nos démocraties.
Pas sûr quand même qu’on ait hâte d’être à mercredi...